De Hugues et Sandra Martin, avec Grégoire Leprince-Rinquet, Aurélien Wiik, Cyril Raffaelli, Matthias Van Khache, Thierry Frémont, Saïd Taghmaoui… (2010)
Comment cacher sa joie lorsqu’on lit le synopsis du premier film de Hugues et Sandra Martin ? Une escouade de militaires français coincés dans le désert pendant la guerre d’Algérie qui se retrouvent pourchassés par des djinns, c’est tout de suite plus excitant et nettement plus ambitieux qu’un énième décalque de Massacre à la tronçonneuse dans la campagne profonde ! On se dit qu’on va voir une 317eme section qui rencontre Predator dans une Forteresse noire pendant La bataille d’Alger ! Ben, euh… raté.
D’entrée, la mise en scène réfrène notre joie. Car au-delà des plans génériques impersonnels et monochromes qui s’enchaînent, c’est la colère de voir un tel réservoir iconographique (les magnifiques paysages) broyé par une caméra tremblotante, guère aidée par une photographie ôtant tout relief. Non, les Martin n’appliqueront pas au désert la claustrophobie spielbergienne des Dents de la mer, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a aucune idée de cadrage. Alors, on se penche sur ce qu’il nous reste : les personnages, et l’intrigue.
Personnages ? Entre le héros-vermifuge lune, le sadique, le bon pote, le bras droit pas fut-fut du sadique (…), on a droit à l’éventail plus qu’usé de ces trente dernières années. Exception culturelle aidant, les accents et les intonations sont ceux d’aujourd’hui, montrant l’étendue de l’implication d’un casting duquel se dégage tout particulièrement un Thierry Frémont ici incroyable de surjeu et abonné absent à la subtilité. Outre l’usage d’un vocabulaire populaire et vulgaire totalement non approprié et anachronique, ce qui provoque la colère face à Djinns est l’usage, en 2010, d’archétypes et de fantasmes de ce conflit douloureux, faisant sombrer le spectacle dans la bêtise crasse et même pas « bis », du fait de son ton très sérieux.
Les militaires français sont donc tous sommairement méchants, grossiers, idiots, racistes ET antisémites (juif à l’appui !), maltraitant les vieillards, tirant sur les enfants et les femmes, face à des Fellagas longuement dépeints avec qualités humaines et pathos de rigueur en toutes circonstances… Un bon gros tableau bien démagogique, annihilant tout réel travail scénaristique et psychologique de situation de conflit pour bien enfoncer des portes ouvertes. Même si on est bien loin de Duel dans le Pacifique, nous n’avons même pas le contre-argument d’une exagération voulue, outrée et fantasmée à la Ilsa la louve des SS pour faire passer cette représentation douteuse.
Passons sur le fait que nos “héros” ne sont pas crédibles une seconde sur le terrain, et qu’on peut apparemment passer des nuits dans le désert à suer sang et eau dans un combat pour sa survie sans se salir ni la peau, ni les vêtements, ni les cheveux. Le côté ZAZ involontaire s’amplifie lorsque sont tentés de réguliers effets de suspense autour de disparitions subites de personnes hors du cadre, prenant toutes place dans… un endroit ensablé. Comme pris de lucidité, vers la fin, le héros pensera enfin à regarder les traces dans le sable pour suivre la piste de celui qu’il cherche, entre deux djinns échappés du premier jeu Resident Evil !
La preuve est apportée une nouvelle fois que ce n’est pas parce qu’on officie sous l’étendard d’un genre cinématographique ouvert aux fantaisies que l’on peut faire n’importe quoi, sous peine de s’aliéner un spectateur un tant soit peu exigeant. Vouloir faire une métaphore sur la guerre, c’est très bien, connaître le sujet sur lequel on veut s’étendre, même sous le couvert d’une fiction à but divertissante, c’est plus que mieux, c’est même capital.
Là où on peut être indulgent avec un film de genre désargenté qui est raté, on l’est beaucoup moins pour un qui a visiblement les moyens de ses ambitions, et qui s’amuse à les saborder, la faute à un traitement stupide et idiot en vue du potentiel. Le plus triste est d’imaginer ce que ce sujet aurait donné entre des mains compétentes et moins frileuses, l’idée de cette mallette mystérieuse à aller chercher et à ramener à tout prix ayant bénéficié d’une production suffisante pour combler les attentes. Une nouvelle fois, ce sont les aléas du« film de genre parisien », véritable tâche gangrainant le « film de genre français » respectable…
Guilhem






