Des hommes et des dieux
de Xavier Beauvois
date de sortie : 8 septembre 2010
Avec : Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin, Sabrina Ouazani…
Bande annonce : ICI
Milieu des années 1990. Un petit village perdu dans les montagnes du Maghreb abrite un monastère où vivent huit moines français. Chrétiens, de surcroît.
Alors que leur présence pourrait être perçue comme des plus indésirables par la population musulmane du village, elle apparaît plutôt comme une bénédiction, leur offrant de ce fait un accès aux soins dispensés par le médecin (Frère Luc, fabuleux Michael Lonsdale), ainsi qu’à une aide et des conseils éclairés, que ce soit pour rédiger un document administratif ou pour discuter du bon fonctionnement du village.
Ces huit moines sont plus que tolérés, ils sont complètement intégrés par leurs frères musulmans, et vivent en parfaite harmonie avec eux, allant même jusqu’à participer à des cérémonies religieuses à leurs côtés.
Cependant, cette vie paisible se trouve brusquement secouée après le meurtre atroce de travailleurs d’origine étrangère par un groupe islamiste, non loin du village, qui sème la terreur.
Le gouvernement propose aux moines de mettre le monastère ainsi que ses habitants sous protection militaire, mais ceux-ci refusent.
Dès lors, une seule question les hante, jour et nuit. Doivent-ils partir et sauver leur peau, ou rester, ne pas abandonner les villageois, au risque d’avoir, eux aussi, affaire aux terroristes ?
Après, entre autres, Selon Matthieu (2001), et Le petit lieutenant (2005), Xavier Beauvois semblait cantonné à la catégorie du (bon) film social. Mais visiblement, c’est là où on l’attend le moins qu’il sait se montrer le plus convaincant.
Avec ce magnifique Des hommes et des dieux, inspiré de la vie des moines enlevés à Tibhirine dans les années 90, et justement récompensé à Cannes du grand Prix du Jury, il nous plonge dans un cinéma intime, dépouillé et introspectif, où la fragilité de ces moines à fleur de peau nous touche, que l’on soit religieux ou pas, au plus profond.
Car, malgré les nombreuses scènes de prières et de chants liturgiques, qui pourront peut-être paraître quelque peu redondantes aux plus réticents d’entre nous, mais qui n’en demeurent pas moins d’une grande beauté artistique et spirituelle, ce n’est pas un film sur la religion, mais un film sur l’humanité.
En laissant volontairement de côté le contexte géopolitique et en se focalisant sur le point de vue de ces huit moines en proie à un questionnement lancinant, c’est à tous les hommes et à toutes les femmes que s’adresse Xavier Beavois, afin de les amener à se demander ce qu’ils auraient fait dans ces mêmes circonstances, et de questionner leur engagement.

Menés par leur foi et leurs convictions profondes, ces hommes que rien ne peut arrêter, pas même l’opposition d’un autre type de foi qui, elle, sème la mort et la terreur sur son passage, nous font réfléchir sur les notions de fraternité, de solidarité et de don de soi, don de soi qui, poussé à son extrême, peut aller jusqu’au martyr.
On retient surtout de ce film son étonnante tranquilité, due en grande partie à la lenteur de l’intrigue, qui se déroule presque en temps réel et qui accompagne très bien le mouvement d’introspection, et aux magnifiques paysages marocains, où les scènes d’extérieur ont été tournées.
A l’image de la scène – cène la plus marquante du film, où les huit moines, conscients des graves conséquences que va engendrer leur décision, s’abandonnent à leur humanité alors que s’envolent, en totale contradiction avec le dépouillement de la vie monacale, les airs fastueux du Lac des Cygnes de Tchaïkovski, ce film tout en contrastes nous fait également atteindre des sommets.
Julie B-S
