« Un homme qui crie »… n’est pas un ours qui danse (2)

Réalisateur: Mahamat Saleh Haroun
Scénariste: Mahamat Saleh Haroun
Année de sortie: 2010
Pays d’origine: Tchad

Nous avons déjà critiqué ce film! Pour voir la première critique du Pont sur ce film, cliquez ICI.

Un homme qui crie, de Mahamat Saleh Haroun, brille comme une étoile sur fond de ciel obscure. Profondément, subtilement, violemment. Et puis on en sort comme on sort d’un rêve : bouleversé.

Il y a d’abord cet homme, Adam, premier maître nageur du Tchad, à la carrure impressionnante vu son âge. Un homme passionné qui crie la violence du monde injuste qui l’entoure. Il y a aussi son collègue et ami, David, avec qui il partage tristesse et fou-rire au gré du temps, simplement. Il y a aussi Abdel, son fils de 20 ans, apprenti puis rival d’Adam le jour où il lui prend son emploi à la piscine d’un hôtel de luxe, si proche lui et « cachottier » à la fois. Il y a enfin Mariam, sa femme amoureuse et un peu seule. « La voisine, quand elle vient ici, elle vient toujours pour me demander quelque chose ; c’est irrespectueux ». Les personnages sont fins, malléables comme on l’est tous par la vie, beaux, sensibles. Le jeu de Youssouf Djaoro (Adam) brille avec justesse, en père éducateur et fier en début de bobine, revanchard et sombre ensuite puis justicier vers la fin… Il est homme, un homme qui crie les désastres de la guerre au Tchad, leur injustice et leur inhumanité.

« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse…» Aimé Césaire

Le titre, emprunté à Aimé Césaire « Un homme qui crie n’est pas un ours qui danse » suggère avec une beauté surprenante la force de l’Homme qui avance pour ses idées. Ce n’est pas la seule perle suggestive du discours. Adam jouxte avec des mots, toujours bien placés, naturellement, pour nous permettre de saisir un plan ou une idée. Les rebelles envahissent la région : « Ce n’est pas moi qui change, c’est le monde qui change ». Il sait que la restructuration de l’hôtel risque de lui faire perdre sont travail : « Tu crois encore en Dieu, toi ? » Quand les croyances personnelles séduisent nos envies : « Ca fait 30 ans qu’on travaille ici, ils ne peuvent pas nous virer. »

Et surtout, il y a les silences. Les silences d’une beauté imparable, qui en disent plus sur l‘état des personnages que n’importe quel discours choisi.

Pour sublimer le tout, Mahamat Haroun parsème son œuvre de plans magiques : le fils qui porte un broc d’eau à son père lorsque le discours est rompu, les parents-amants qui partagent avidement des morceaux de pastèque, le père qui couvre la bouche de sa belle-fille pendant plusieurs minutes pour l’empêcher de crier après une révélation scandaleuse, le père et le fils à table, en duel silencieux face au monologue incessant de Mariam.

Après Darrat (2006), Mahamat Haroun poursuit la découverte des relations père-fils tout en nous faisant découvrir la beauté du Tchad, sur fond de guerre. Un film sublime à ne manquer sous aucun prétexte !

Audrey A.

Cette entrée a été publiée dans Film de société et taguée , , , , , , , , , . Ajouter aux Favoris le permalien.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s