« Cœur animal», violence des échanges en pleine nature

Date de sortie : 2009
Réalisateur : Séverine Cornamusaz
Chef opérateur : Carlo Varini (Les Choristes)
Pays d’origine : Suisse

Ce premier long-métrage de la réalisatrice suisse Séverine Cornamusaz, adapté du roman “Rapport aux bêtes”, primé du quartz 2010 (l’Oscar suisse), raconte l’histoire de Paul, un agriculteur entier, primitif, à qui l’on prêterait volontiers les qualités d’un mammifère lorsqu’il s’endort en fœtus dans son étable, sur la panse d’une vache.


Paul, c’est un peu Mamouth en plus simple, en plus réaliste aussi parce qu’il ne cherche pas la liberté suggérée par les cheveux au vent du personnage de Gérard Depardieu, enfourchant sa moto. A contrario, il aime son travail. Cet amour pour les animaux, qui va jusqu’à l’assimilation, semble inné Il s’occupe de ses vaches, de ses chèvres et de ses cochons comme d’un devoir, un devoir quasi paternel.


Or, voilà, Paul a une femme, Rosine. Une femme qu’il maltraite au début, qu’il ne traite même pas du tout dirait-on, une  femme  aux traits étrangement délicats à laquelle il porte pourtant si peu de considération. Rosine survole les scènes avec un faux-air fantomatique et subit les accès impulsifs de son époux… Jusqu’à l’arrivée dans la ferme vaudoise d’un ouvrier agricole espagnol sous-payé, que Paul surnomme l’« Espagne »…

On comprend peu à peu cette relation de couple inégal, en décousant lentement le fil qu’a cousu Rosine pour accepter sa condition. Jusqu’à la scène finale dans laquelle on comprend enfin pourquoi elle a aimé cet homme a priori imperméable et a accepté son manque de tendresse. Il s’agit bien d’un film sur la violence. « Violence des échanges en milieu tempéré » relatait avec un ultra-réalisme piquant la violence du monde du travail. « Cœur animal » parle de la violence d’un couple. Ils ne savent pas communiquer ou ne communiquent plus. Un court dialogue pour en témoigner : « Tu aimes cette revue? » (silence) « Je l’ai payé moitié prix » (silence) « Paul… » (silence) « Il pleut? » (il tombe des trombes d’eau) « Oui, mais ca va aller ». Le couple est principalement lié par « son amour pour la nature», selon les termes de la réalisatrice, qui dit être tombée amoureuse du personnage de Paul dans le roman “Rapport aux bêtes” qu’elle a ainsi choisi d’adapter.

Tout au long de « Cœur animal », la photographie des montagnes vaudoises incroyablement touchante appuie la sensation de recul. Les personnages sont repliés sur eux-mêmes, enfermés dans une vie quotidienne pénible. Le film oscille entre quelques beaux plans sur cette relation de couple en huit-clos sans communication, perturbée puis secouée par l’arrivée d’un étranger bon vivant, et une description des personnages qui manque souvent de nuances.

Pourtant, ils finissent aussi par peser sur la narration. Après quelques minutes de bobine, il devient évident que Paul va rejeter tout ce qui s’offre à lui dans le film en bloc, se limiter à ses pulsions primaires et ne pas nous offrir un personnage haut en couleurs. Un effet comique et pseudo-documentaire -non désiré semble-t-il- en découle. On sait par avance que Paul n’acceptera pas que sa femme tende la serviette à « l’Espagne » torse-nu dans le bac d’eau. On sait que l’Espagne aidera Rosine à réaffirmer sa condition de femme. On suppose que Paul va craquer. Au final, il ne supporte pas qu’elle lui fasse front, la bat, elle part en ville.

Parmi les belles surprises, une scène rappelle le rôle de chacun lorsque l’étranger arrive dans la ferme. « L’Espagne! » l’interpelle Paul. « Le Suisse! » rétorque son ouvrier peu au fait des coutumes de la maison. Effet immédiat. « Il n’y a pas de Suisse ici. L’étranger, c’est toi. Moi, je suis le patron et rien d’autre. » Ces dialogues sans demi-mesures reflètent le personnage animal de Paul.

L‘évidence presque dérangeante de la narration n’enlève pourtant pas la beauté et l’incroyable justesse de certaines scènes : la robe de chambre de Rosine qui flotte par son absence, les efforts ratés des deux hommes pour faire revenir la belle femme qui se cristallisent dans le pochoir dégoulinant de son prénom sur la porte, la proposition incongru de Paul lorsque les deux hommes se retrouvent seuls à table « Tu pourrais jouer le rôle de la femme ». On l’aura compris, le jeu des genres est à l’honneur, avec en point culminant un homme machiste et violent qui effraie ceux qu’il côtoie.

Une première adaptation à l’intrigue simpliste,  piquée de beaux plans à l’image des paysages qui la parcourent, malgré ses nombreuses maladresses.

Lire la critique de Télérama

Lire la critique du Monde : Coeur d’animal, l’apprentissage d’une brute

Audrey A.

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