Benda Bilili !
De Renaud Barret et Florent de la Tullaye
Avec Roger Landu, Coco Ngambali, Djunana Tanga Suele…
Date de sortie : 8 septembre 2010
Bande-annonce : ICI
Lorsqu’on nous dit Kinshasa, Congo, enfants des rues et poliomyélite, on a très vite tendance à baisser les yeux et réprimer un petit soupir de compassion. Ainsi, en trouvant tous ces mots les uns accolés aux autres dans le synopsis d’un film, on s’attend invariablement à verser quelques larmes en s’apitoyant sur le sort de pauvres orphelins.
Cependant, cela a beau être le décor principal du film Benda Bilili!, il n’empêche que cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une telle joie de vivre devant un écran de cinéma.
Tout commence en 2004, lorsque Renaud Barret et Florent de la Tullaye, alors à Kinshasa pour réaliser un documentaire sur les musiques de rue, rencontrent par hasard Ricky et sa bande, le Staff Benda Bilili. Impressionnés par ce groupe de musiciens éclectique, dont la plupart, atteints de polio, se déplacent en fauteuils roulants customisés, ils décident de les suivre et de les filmer au quotidien, de capter leurs regards et leurs éclats de rire, de s’inviter à leurs répétitions au zoo de Kinshasa, de les aider à recruter un gamin des rues, qui joue de son instrument monocorde comme un virtuose pour glaner quelques centimes, de les soutenir dans leurs galères. Et ils finissent, de fil en aiguille, par financer l’enregistrement de leur premier album.
Ce qui ne devait être au départ qu’un petit documentaire se transforme en véritable épopée, sur une durée de cinq ans, des rues poussiéreuses du centre de Kinshasa aux scènes illuminées des festivals européens.

À la manière du mythique Buena Vista Social Club de Wim Wenders, Benda Bilili! nous entraîne au son des percussions-maison et des guitares éraflées dans la vie chaotique de ces musiciens au sourire édenté et néanmoins éclatant, pour qui « le handicap, c’est psychologique », et qui usent de cet adage dans les meilleurs comme dans les pires moments.
Des premiers pas du jeune Roger, soliste au regard farouche mais pénétrant qui en dit long sur sa condition, aux joints partagés dans la chambre d’un hôtel suédois, en passant par l’incendie qui contraint les membres du groupe à dormir dans la rue, ce sont autant de morceaux de vie de ces courageux touche-à-tout que nous font partager les deux réalisateurs (dont c’est la deuxième collaboration).
Sans apitoiement inutile, on découvre avec humilité leur quotidien fait de misère et de pauvreté, duquel ils parviennent à s’échapper grâce à leur musique et à leur joie de vivre (et grâce aussi, un peu, à quelques feuilles de marijuana…), au sens figuré d’abord, puis au sens propre, alors que, forts du succès de leur premier album, ils prennent la route pour faire le tour des festivals européens.

Le pouvoir universel de la musique a rarement semblé si évident qu’avec ce documentaire. Qu’ils chantent devant une bande de gamins désœuvrés sachant à peine où se situe l’Europe ou devant une foule de festivaliers déchaînés et plus qu’enthousiastes aux Eurockéennes de Belfort, les membres du Staff Benda Bilili donnent la même énergie, ont les mêmes étoiles dans les yeux, et procurent les mêmes sensations à leur public. Ils n’oublient pas d’où ils viennent, et nous non plus.
Cependant, ce décalage entre deux cultures, deux niveaux de vie qui pourrait très vite faire basculer le film dans le misérabilisme et être un frein à sa bonne réception, ne fait qu’accentuer, de façon très subtile et naturelle, un aspect conte de fée qui a plutôt tendance à nous coller un sourire sur le visage et des fourmis au bout des doigts pendant toute la durée du film.
En résumé, c’est un documentaire rempli d’énergie, petit concentré de bonne humeur que je recommande à tout le monde, conforme à l’image que veulent véhiculer ses musiciens, et au titre de leur album : Très très fort !

Julie B-S
