“Altitude”, six feet upstairs

De Kaare Andrews, avec Jessica Lowndes, Julianna Guill, Ryan Donowho, Landon Liboiron, Jake Weary… (2010)

Rappelez-vous le bon vieux temps des vidéoclubs : le dévoreur de pellicule y entrait pour dénicher LE film d’horreur à la jaquette ou résumé alléchants promettant d’assurés frissons entre potes. C’était comme ça, le cinéma bis : un pur produit d’exploitation qui en mettait plein les mirettes et qui permettait de découvrir des programmes qu’on ne trouverait jamais ailleurs (dixit René Chateau Vidéo : “Les films que vous ne verrez jamais à la télévision” !). Depuis la disparition de ces cassettes au profil des industries comme Vidéofutur (sic), on assiste à un déferlement de métrages directement pensés pour l’exploitation DVD et souvent commandés par les chaînes de programmation câblées. Si cela permet à certains petits indépendants d’avoir une légitimité sur le marché par le biais d’une distribution courageuse, on assiste régulièrement à une déferlante de DTV interchangeables, la plupart souvent torchés à la va-vite et sans génie pour suivre la mode du moment. Tous ? Heureusement, non ! Altitude, premier film du dessinateur et scénariste de comics Kaare Andrews, débarque ce mois-ci avec une histoire tout à fait enthousiasmante.

Pour rejoindre un concert, une bande de jeunes profitent de la toute fraîche licence de pilotage de l’une d’entre eux pour prendre les airs. Tout se passe bien jusqu’au moment où, déjà prisonniers d’une gigantesque tempête, se rajoute la présence d’une immense entité tentaculaire cachée dans les nuages, cousine volante de Cthulu, décidée à faire des voyageurs son quatre heure… Bref, une idée jubilatoire qu’on aurait rêvé de découvrir sur bande magnétique avec un Stuart Gordon ou un Brian Yuzna (époque Society) aux commandes.

Pour beaucoup d’autres productions se voulant “eighties” dans l’esprit, à l’instar du soporifique The House of the Devil de Ti West, on râlerait sur les clichés mal gérés et les mauvaises images de synthèse trahissant un non savoir faire et un budget anémique. Ici, c’est à grandement nuancer : Kaare Andrews, homme de comics, sait dans quoi il met les pieds et connaît les classiques auxquels il fait référence. Il va d’abord employer ses efforts dans une longue exposition post scène d’intro pour bien définir ses personnages et les enjeux du film, de sorte à pouvoir jouer par la suite avec ses archétypes et contre balancer au bon moment son intrigue quand arrivent les phases-clés du film. Archétypes, oui, plutôt que stéréotypes : les conventions d’usage du genre sont bien présentes (l’héroine au trauma d’enfance, l’amoureux transi louche à force d’être inquiet, la copine bimbo qui sort avec le quaterback lourdeau, agressif et inculte…), mais maîtrisées de sorte à ce que l’on ne boude pas son plaisir et, dialogues aidants, qu’on ne s’ennuie pas. Le principe de l’entertainment 80′s, en quelque sorte, à l’image de cette bande dessinée que trimballe l’un des protagonistes, tout droit sortie de Creepshow de Romero.

Et c’est ainsi qu’on arrive au concept vendeur du film, foutrement alléchant : l’épisode de La Quatrième DimensionCauchemar à 20000 pieds, qui rencontre les créatures d’H.P. Lovecraft ! Si on reste parfois de marbre face à certaines péripéties un peu trop over the top pour être crédibles (et dont certains CGI trahissent la production modeste), Andrews sait ménager son effet vedette et ne nous le délivrera que par petites touches, jusqu’au final où l’on prendra conscience du gigantisme de la créature. Rendant admirablement bien la claustrophobie qui s’installe en cabine et l’animosité grandissante de ses occupants, le réalisateur ne reste pas cantonné à sa simple idée de film de monstre volant et s’aventure sur les terres de Richard Matheson et Arthur Conan Doyle (dont le clin d’oeil à L’horreur du plein ciel est tout aussi évident) pour un final digne des E.C. Comics. Si on salue l’attention donnée au danger qui vient autant de l’intérieur que de l’extérieur, insufflant une bonne vitalité à l’histoire, on ne pourra pas s’empêcher de râler sur ce qui tire le film vers le bas, soit dit en passant les scories inhérentes aux années 2000 : une photographie banale et, encore une fois, des images numériques pas toujours très heureuses. Malgré tout, des débuts prometteurs pour Andrews, un scénario malin qui ravira les bisseux nostalgiques et une bestiole de toute beauté pour un petit divertissement très honorable !

Guilhem

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