“Ecoute le temps”, voix profondes

De Alanté Kavaïté, avec Emilie Dequenne, Mathieu Demy, Ludmila Mikaël… (2005 – année de production – /2007 – année de distribution en salles)

On ne rajoutera pas de l’essence sur le feu qu’entretient la nouvelle “Nouvelle Vague” de films fantastique à la française. Alors que des pellicules aberrantes comme Humains trouvent le chemin des salles obscures (plus de 100 cinémas pour projeter cette comédie involontaire !), on peut légitimement s’interroger sur le peu de bruit qu’a provoqué le premier film d’Alanté Kavaïté. Ecoute le temps, rebaptisé Fissures pour l’exploitation en DVD (plus vendeur, vraiment ?), avait pourtant de quoi trouver son petit public avec un pitch original et une tête d’affiche plutôt sympathique en la personne d’Emilie Dequenne.

Ecoute le temps, c’est l’histoire de Charlotte, ingénieur du son, qui revient dans la maison de sa mère après son mystérieux assassinat. Quittant la quiétude des environnements naturels où elle officiait pour des documentaires sur la faune et la flore, elle plonge en plein milieu rural pour enquêter à ses frais, tandis que l’investigation officielle piétine. Un soir, sur les lieux du crime, et alors qu’elle était en plein enregistrement, elle constate un phénomène peu banal : à l’aide de son micro, elle se retrouve capable d’entendre les sons du passé ; capacité qu’elle va bien vite ranger au service de la vérité pour retrouver le meurtrier. A l’aide d’une craie, d’un crayon, de bouts de papiers et de ficelles, elle retrace l’origine des sons,  note leur provenance, l’identité des voix à qui elles appartiennent et remonte le cours du temps… jusqu’au jour du meurtre. Tout en interrogeant les gens du village, elle découvre la vie cachée de sa mère, et les actions de ceux qui lui tournaient autour, attirés de près par ses dons de voyance…

Partant sur un postulat de base proche de celui de Fréquence interdite de Gregory Hoblit, dans lequel Dennis Quaid entendait la voix de son père décédé à l’aide d’un vieux poste de radio, Kavaïté s’aventure donc dans les terres du fantastique rural à la française dans ce qui est également son premier scénario de fiction pour le grand écran. Force est de constater qu’elle s’éloigne d’entrée de certains titres qui reviennent lorsque l’on prononce les mots “film de genre” et “campagne française” (on pense à L’auberge rouge version Fernandel et Les fantômes du chapelier du regretté Claude Chabrol), grâce à un scénario frais, distillant l’argument surnaturel dans une enquête aux atours inquiétants. En effet, la première force du film est la peinture des “suspects”. Bien que l’on soit loin du suspense d’un whodunit hollywoodien, les protagonistes errant autour de Charlotte sont tous louches, comme si la terre ensanglantée qu’ils arpentaient ne trouvait qu’un peu d’éclat (rubis) grâce aux évènements hors normes qui s’y pratiquent. De l’entrepreneur au maraîcher, en passant par la voisine et son “idiot du village” de fils, tous reflètent la tristesse… et la dissimulation. Comme Charlotte va le découvrir avec son micro, tous sont allés consulter sa génitrice pour soulager des questions sur leur avenir, certains tissant même un lien particulier avec elle.

Tisser un lien : c’est en ça que réside l’idée la plus brillante du film. Au fur et à mesure des captations et des enregistrements, Charlotte construit, fil par fil, une véritable toile d’araignée entre les voix de ceux qui deviennent suspects, les évènements passés et la maison. C’est malheureusement aussi la plus passionnante des trouvailles du métrage, celui-ci alternant de bons moments de mise en scène autour de ce procédé, et retour à une investigation plus terre à terre, et donc (bien) moins excitante du fait de l’abandon temporaire de l’argument paranormal. Comble de ce petit long pourtant très sympathique et revendiquant son identité de par le lieu de son action, il manquerait pourtant à Kavaïté une gestion plus “américaine” de la tension et du dénouement d’une intrigue qui pouvait lorgner, de part ses multiples allusions à la sorcellerie, sur le chef d’oeuvre de Romero Season of the witch. On aurait été curieux de voir le même sujet traité par Guillaume Beylard, jeune réalisateur d’Ossessione, prenant également place dans la campagne bien de chez nous. Dans l’immédiat, un petit film de genre à la française légèrement “autre” recommandable, et c’est déjà très bien en l’état !

Guilhem

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