“Miral”, un soufflé qui retombe vite

Année de sortie : 2010
Réalisateur : Julian Schnabel
Pays d’origine : coproduction USA/France/Italie/Israël

Bande-annonce : cliquez ici

Une coproduction suppose au préalable une concertation. Miral en atteste : cette coproduction USA/France/Italie/Israël présentée à la 67e Mostra de Venise surprend par son politiquement correct. Miral, c’est une femme palestinienne née en 1973 à Jérusalem-est, l’histoire vraie tirée du roman autobiographique de la journaliste Rula Jebreal. Une histoire étalée sur trois générations, avec en bonus les récits de ses deux “mères” (biologique et adoptive). Un film au coeur du conflit israëlo-palestinien qui en retrace les tenants et les aboutissants… en prenant un parti concerté, celui des Palestiniens.

Miral

La mode des longs en format “courts” s’impose ici. Au fait des tendances, Julian Schnabel retrace les vies entrecroisées de quatre femmes, un style de plus en plus apprécié depuis le novateur “Timecode” (2000) qui scindait l’écran en quatre parties distinctes suivant chacune un protagoniste. L’exemple le plus récent semble être “Femmes du Caire”, une association de récits de femmes égyptiennes de nos jours.

TimeCode (2000)

D’autres perles de cinéma subliment le conflit israëlo-palestinien et s’emploient à éviter une narration sommaire du conflit. Les Citronniers, qui met également en scène la fantastique Hiam Abbass (sans conteste l’une de mes actrices préférées), s’attarde sur les relations entre les deux communautés en peignant deux personnages de femmes au pouvoir inégal, une planteuse de citronniers et une femme de Ministre. Le temps qu’il reste, du réalisateur un tantinet burlesque Elie Suleiman, propose les portraits évolutifs d’une famille palestinienne tout en délicatesse et en légèreté.

La mère de Miral

Bien sûr, on ne peut parler de ce conflit ravageur sans images crues et bruts de réalisme… Sans tomber pourtant dans les grosses ficelles dont use Julian Schnabel pour agrémenter son histoire : raconter tout le conflit en partant -presque- de sa source. Une ficelle un peu trop grosse et à effets mitigés. Premier effet, l’ajout d’images documentaires à répétition pour rappeler le biopic derrière chaque action, un rien Persepolis tout ça. Un autre effet de ce choix narratif : des scènes violentes à mon sens inutiles – telles que les coups de fouet infligés par la police à Miral, et souvent accompagnés d’une BO manichéenne. Un dernier effet gênant, mais certainement souhaité : le sentiment que l’héroïne ne choisit pas son destin mais qu’elle est “portée” par l’avancée du conflit et que son combat est inutile. Les dés sont joués, un sentiment d’immobilisme insupportable.

Ceci étant, Julian Schnabel nous gâte des effets de caméra auxquels il nous a habitué : jeux de lumières similaires au précédent Le Scaphandre et le papillon, caméra à l’épaule en mode “vécu”, gros plans annonciateurs des événements de la vie – un barreau du lit tremblant pour signaler qu’elle se fait violer, un nombril en sueur lorsqu’elle fait la danse du ventre… Des effets que j’ai appréciés et qui donnent au film son côté attachant, quoique vraiment trop ”grand spectacle” -cf. les scènes mélodramatiques inutiles comme Miral se retournant désespérément dans la voiture ou son attente au chevet de son père- pour sortir de la salle satisfait(e).

Je recommande ce film journalistico-dramatique aux amateurs de films à grand spectacle, un film qui se laisse bien regarder et réserve quelques surprises : définitivement sans vous attendre à un chef d’oeuvre. A noter le magnifique visage de Freida Pinto, qui suffit à certains (et à Julian Schnabel?) pour justifier une séance de cinéma… Pas à mon goût !

Audrey A.

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2 réponses à “Miral”, un soufflé qui retombe vite

  1. GreenCinema dit :

    Bonjour Lulutchou,

    Effectivement, les gros plans à répétition m’ont beaucoup plu -et me plaisent en général beaucoup. Je suis tout à fait consciente que dans un film bien construit, ceux-ci auraient plus leur place qu’ici, vu la maladresse qui marque les autres plans et la narration.

    Comme je l’ai précisé, c’est un film qui se laisse regarder facilement, manichéen malheureusement, blockbuster sur les bords. On est d’accord, je pense, sur le fond un peu trop léger pour traiter un sujet aussi lourd, la BO désastreuse et le mélodramatrique amer qui reste en bouche.

    Pourtant, je maintiens que certains acteurs/actrices, notamment et surtout Hiam Abbass, jouent à merveille. J’espère seulement que Julian Schnabel se cantonnera dans ses prochains films à un sujet qu’il maîtrise pour nous régaler d’effets de narration plus subtils…

  2. lulutchou dit :

    J’ai trouvé justement les effets caméra en gros plans étais trop lourds et surtout qu’il n’avait pas beaucoup d’utilité ni de sens dans la narration du film. J’ai été déçu par ce film qui n’aborde le sujet du conflit israëlo-palestinien qu’en toile de fond, de manière trop légère. L’actrice Freida Pinto est effectivement très belle, ça on a bien compris et après?
    Je suis plutôt d’accord avec ta vision du film mais je ne le conseillerai pas, alors que le Scaphandre et le papillon m’a ébloui!

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