L’Arbre (The Tree), de Julie Bertuccelli.
Date de sortie: 11 août 2010
Avec: Charlotte Gainsbourg, Morgana Davies, Marton Csokas, Aden Young…
Bande annonce: ICI
C’est parfois troublant à quel point un titre, même des plus simples, peut résumer un film à la perfection.
C’est plus que jamais le cas avec ce film de Julie Bertuccelli, présenté et ovationné en clôture du dernier Festival de Cannes, qui nous plonge au cœur d’un drame familial profond et sans chichis, sur fond de nature australienne aussi belle qu’immense, où la vie et la mort se mêlent au bruissement des feuilles et au craquement des racines d’un magnifique figuier de Moreton Bay.
La réalisatrice, dont c’est le deuxième film, après Depuis qu’Otar est parti, sorti en 2002, avait originalement comme projet d’adapter le célèbre roman d’Italo Calvino, Le Baron Perché (Il Barone Rampante), relatant les aventures d’un jeune baron qui, un jour de rébellion, décide de grimper en haut d’un arbre et de ne plus jamais en redescendre. N’ayant pas pu aller au bout de ce projet à cause d’une histoire de droits, mais ne voulant pas abandonner ce fil rouge de l’arbre qui lui tenait tant à cœur, elle s’est finalement penchée sur l’adaptation d’un roman de Judy Pascoe, L’Arbre du Père (Our father who art in the tree), et grand bien lui en a pris.
Notre première vraie rencontre avec l’arbre du titre, aux branches aussi sinueuses que les détours d’un cerveau humain, signe l’arrêt de mort de Peter, mari aimant et père modèle de quatre enfants, qui plonge sa famille, et tout particulièrement sa femme, Dawn, et sa fille de huit ans, Simone, dans un désespoir sans nom.
Cette dernière, pourtant, affronte le deuil en gardant le sourire, persuadée que son père, mort d’une crise cardiaque au pied du figuier, s’est réincarné dans l’arbre et veille sur sa famille. Elle partage ce secret avec sa mère, et toutes deux, chacune dans sa solitude, vivent de beaux moments privilégiés, où la voix, portée par le vent, va s’échouer sur les plus hautes branches, là où repose l’âme de Peter.
C’est sans compter sur l’apparition de George, le plombier de la ville, dans la vie de Dawn, qui finit par se laisser convaincre que l’arbre, ses racines envahissantes et les ennuis que tout ceci leur apporte pèsent plus lourd dans la balance qu’une croyance de petite fille.
Le talent de Julie Bertuccelli se mesure, d’une part, à sa capacité à filmer des cœurs brisés et des vies déchirées sans jamais tomber dans le pathos larmoyant, et, d’autre part, à son incroyable instinct pour dénicher les acteurs parfaits pour incarner ses personnages.
Ici, outre l’arbre, indéniablement acteur principal de ce film, se détachent deux actrices extraordinaires. Charlotte Gainsbourg, dont le talent n’est plus à prouver, campe une mère de famille à fleur de peau qui oscille constamment entre une fragilité presque transparente et une violence parfois difficilement réprimée, et survole ce film profond avec grâce et légèreté, comme la brise caresserait le tronc rugueux d’un arbre centenaire.
Mais le véritable atout du film est sans conteste le naturel désarmant combiné à la maturité époustouflante de Morgana Davies, la jeune actrice qui prête ses traits à Simone. Elle éclaire l’histoire de son sourire naïf et pourtant si vif, et sa voix assurée où pointe un petit cheveu sur la langue, relent d’une enfance trop vite écourtée, résonne à nos oreilles encore longtemps après la fin du film.
Si l’on ne devait retenir que deux choses de ce film, ce serait une scène et une phrase.
D’un côté, l’image sensuelle de Dawn partageant son lit avec une gigantesque branche détachée de l’arbre et entrée par effraction dans sa chambre, belle métaphore de cette présence – absence à la fois rassurante et envahissante.
De l’autre, la phrase, peut-être un peu cliché, mais tellement touchante, prononcée par Simone quand on lui demande pourquoi elle n’est plus triste : “We have the choice to be happy or sad. And I chose to be happy. And I am happy.” (On a le choix entre être heureux et être triste. J’ai choisi d’être heureuse. Alors je le suis.)
Vous avez le choix entre voir ce film et ne pas le voir. Choisissez d’y aller, vous ne serez pas déçus.
Julie B-S




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Une ovation méritée !
Je sors à peine du film ; je tremble encore de tout mon long ; mon coeur bat à tout rompre.
La poésie embrasse “The tree” tout entier, le secoue, le baigne, cet arbre si fragile qui nous incarne tous. Un jeu des acteurs incroyablement juste, une histoire belle et poignante, une morale de vie saisissante, des paysages magnifiques. Mieux encore, la nature n’est plus celle qui détruit mais celle qui sauve, même dans sa violence la plus forte, elle nous rassemble sous un même toit. Elle est aussi notre abri, le refuge de nos âmes blessées. On l’oublie trop souvent. Voir “The tree”, c’est aussi se replonger dans cette évidence de ce que nous sommes une partie de la terre, un morceau de ses racines. Une histoire qui aurait, comme tu le dis si bien, pu tomber dans le pathos, le mélo, le mal-joué. Une histoire qui au contraire nous touche au plus profond, au plus simple et singulier de nous : au coeur !