« L’Illusionniste », sage hommage à Jacques Tati

Réalisation : Sylvain Chomet, d’après un scénario de Jacques Tati

Date de sortie : 16 juin 2010

Bande-annonce :ICI

A tous ceux qui se posaient la question de savoir ce qu’était devenu Sylvain Chomet, le réalisateur des très acclamées Triplettes de Belleville (2003), le visionnage de son nouveau film d’animation L’illusionniste peut apporter un semblant de réponse.

On le savait déjà fervent admirateur de Jacques Tati il y a sept ans (une scène des Triplettes de Belleville, dans laquelle un passage du film Jour de Fête de Tati était montrée à la télévision, lui fait d’ailleurs un clin d’œil anticipé), mais c’est véritablement en tant qu’héritier du grand monsieur qu’il revient cette année sur le devant de la scène.

Cependant, si le scénario de base a bien été écrit par Tati lui-même, et si c’est le réalisateur de Mon Oncle qui prête ses traits au personnage d’illusionniste sur le déclin perdu au beau milieu de la folie électrique des années cinquante, le film ne se résume pas à une simple imitation, et la patte de Chomet est clairement reconnaissable.

On retrouve dans L’Illusionniste tout ce qui faisait le charme des Triplettes de Belleville, la fraîcheur de la nouveauté en moins, et l’expérience en plus.

Des personnages très étudiés, à la démarche maladroite et flottante et aux expressions rares évoluent tant bien que mal et se côtoient dans une atmosphère qui oscille de façon permanente entre l’onirique et le glauque, entre le gai et le triste, entre la vie et la survie.

On retrouve également la plupart des thèmes chers à Syvlain Chomet, thèmes qu’il avait déjà esquissés dans les Triplettes, et qu’il pousse un peu plus loin ici, en les changeant simplement d’environnement, à savoir, entre autres, l’enfant solitaire qui se retranche dans son monde d’illusions, la confrontation des époques, la nostalgie du passé, les difficultés de communication… Tout cela bien sûr cuisiné à la sauce rétro nostalgique, avec un bouquet de poésie pour plaire aux petits comme aux grands.

Mais ce qui fait, à mon sens, la force des films de Sylvain Chomet, c’est son traitement des décors, et plus particulièrement l’image qu’il donne de la ville, ce monstre sans cesse en mouvement qui engloutit ses personnages avant qu’ils n’aient eu le temps de s’y adapter.

Après Les Triplettes et la ville imaginaire de Belleville, à l’allure impersonnelle et aux gratte-ciel Hollywoodiens, nous voici plongés au cœur d’Edimbourg, ses ruelles étroites, sa pluie et son château. Et c’est comme si on y était.

La ville apparaît dans les films de Chomet comme un symbole de perdition, d’anonymat, un lieu où l’on oublie tout, y compris soi-même, irrésistiblement attiré que l’on est par les vitrines illuminées et le lot de merveilles qu’elles renferment, à l’image d’Alice, la jeune fille innocente pervertie par toutes ces richesses, sans se rendre compte que tout cela n’est qu’une illusion que nous offre le confort de la vie moderne. D’ailleurs, comme le rideau qui se ferme – à jamais ? – à la fin du numéro de l’illusionniste, les vitrines s’éteignent une à une au moment où la ville s’endort, ne laissant que la réalité triste et fade des objets sans vie.

En quelques mots, L’Illusionniste est un très beau film, cela ne fait aucun doute. Mais après un chef d’œuvre tel que Les Triplettes de Belleville et sept ans d’absence, on attendait un peu plus de Sylvain Chomet qu’un hommage à Jacques Tati tout ce qu’il y a de plus sage et lisse, même s’il est parfaitement rendu. Pour tout dire, on reste un peu sur sa faim à la sortie de la salle.

A mon sens, il manque à ce film un petit grain de folie, une musique plus percutante et quelques maladresses pour que le charme prenne totalement. Ce sera pour la prochaine fois, on y croit.

Julie B-S

Cette entrée a été publiée dans Film d'animation et taguée , , , , , , , , , , , . Ajouter aux Favoris le permalien.

Une réponse à « L’Illusionniste », sage hommage à Jacques Tati

  1. Ping : Une première année abracadabradesque sur le Pont! | Le Pont du 7e art

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s