
Réalisateur : Mike Leigh
Scénariste : Mike Leigh
Date de sortie : 2008
Pays d’origine : Angleterre
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Nous avons tous un film à l’effet d’une pastille de vitamine C. Un coup de blues et hop ! Un fil d’intrigue, un bout de personnage, une morale réconfortante, une scène impeccable ou toute autre singularité, nous ressaisit en une heure et demi. Le mien serait alors, sans hésiter, Happy Go Lucky du britannique Mike Leigh.
J’ai découvert Mike Leigh à l’occasion d’une rétrospective organisée par le festival du film de La Rochelle, avec son troisième long-métrage Life is Sweet (1991), une comédie familiale loufoque. Une déchirure de sensations nauséabondes, un mal-être émotionnel et un certain dégoût m’avaient profondément marquée au sortir de la salle. A l’image d’Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola, cette satire sociale sans fioritures montre à mon sens la plus vilaine face de l’homme sous couvert de la comédie, celle qu’on évite habituellement au cinéma en la glorifiant par des manipulations habiles de l’image… Le dixième film de Mike Leigh, Happy go lucky, a donc été une découverte rafraîchissante et inattendue !
Le film, sorti étrangement en français sous le titre Be happy, exalte le personnage de Poppy, une institutrice trentenaire londonienne qui assume ses états d’âme, sa joie de vivre et son originalité. Poppy semble répandre autour d’elle sa bonne humeur, bon gré, mal gré. Son acceptation des événements quotidiens oscille entre irréalisme comique et capacité de résilience. Elle traduit à l’écran la fascination du réalisateur pour « les gens et la vie de tous les jours ». En chaque individu réside “un héros caché”, a-t-il commenté à Cannes cette année, lors de la projection de son film “Another year”.
On lui vole son vélo. « Oh non, c’est pas cool. Bon, ben d’accord, génial. J’aurais au moins aimé te dire au revoir. » Et c’est reparti. Le vol d’un vélo devient, il est vrai, source d’angoisse si l’on se focalise dessus. L’accepter avec le sourire, a contrario, c’est aussi ne pas s’attarder sur un événement passé sur lequel nous n’avons aucun moyen d’action. Un mode de vie léger : celui d’une imbécile heureuse, d’une adulte-enfant ou d’une égoïste ? Or, Poppy est une institutrice exemplaire, attentive à ses élèves et responsable. Or, Poppy fait preuve de qualités pédagogiques à toute épreuve, comme elle le montre en aidant son étrange moniteur d’auto-école. Or, Poppy est loin d’être insensible vu son attachement aux enfants, à sa sœur, à ses amies. Elle vit seulement selon des critères qui nous sont peu communs. L’idéalisme de cette jeune femme éblouit le film. Elle veut aider. Et à tout prix. « J’aurais aimé vous apporter du bonheur », dit-elle à Scott, le moniteur d’auto-école exécrable.

Le côté pseudo-documentaire de certaines scènes de classe rappelle l’inoubliable Etre et Avoir de Nicolas Philibert sur une école française en milieu rural. L’intrigue, elle-aussi, se laisse couler, sillonne jusqu’à disparaître à tâtons. Dans sa manière de filmer enfin, Mike Leigh imite le documentaire, portraits entrecroisés de personnages entiers et de scènes de groupe.
Un bijou idéaliste, à consommer cinq fois par jour et sans aucune modération !
Audrey A.



+1 Charlotte ! Poppy m’a pas mal agacée aussi, j’ai trouvé le temps long et certains aspects du scénario franchement bidons (le passage avec l’enfant maltraité et la romance avec le travailleur social)…
+1 Julie ! J’attendais beaucoup de ce film, aimant en général beaucoup les films de Mike Leigh. Mais impression mitigée au final ! Le film a tout pour réussir : une superbe actrice, une bonne idée de départ, un réalisateur qui sait ce qu’il fait… mais il manque quelque chose, et j’ai ressenti cela assez rapidement. Le film est un peu décousu, on se sait pas où l’on va, et le charme de Poppy ne suffit pas à faire tenir l’ensemble. Dommage !
Il me semble avoir déjà débattu de ce film avec toi Audrey, mais je vais exposer vite fait mon point de vue ici pour les autres.
J’attendais beaucoup de ce film. Trop, peut-être. On me l’avait maintes fois conseillé, l’affiche me plaisait beaucoup, je devais aussi avoir besoin de me changer les idées… Bref, j’y suis allée en étant sûre ou presque de passer un bon moment.
Ce fut le cas pendant la première demi-heure, le temps de connaitre un peu les personnages, et surtout la fameuse Popy. Mais j’ai trouvé qu’ensuite la film s’essoufflait beaucoup, que l’histoire n’avançait pas, et que l’héroïne devenait franchement agaçante.
Je suis d’habitude particulièrement réceptive aux films qui nous montrent des tranches de vie, mais je trouve qu’ici, Mike Leigh s’en sert uniquement pour palier les lacunes d’un scénario somme toute assez limité.
Au bout du compte, je suis sortie de la salle avec un sentiment de frustration assez prononcé, au lieu de la bonne humeur escomptée.
Peut-être qu’il faudrait que je le revoie en ayant moins d’attentes…
C’est un point de vue que j’ai souvent entendu : Poppy devient effectivement agaçante après quelque temps. Je pense que c’est le revers de la médaille et que Mike Leigh souhaitait précisément présenter un personnage imparfait, une jeune trentenaire heureuse, certes, mais aussi un peu réticente à accepter le verre à moitié vide. Finalement, à mes yeux, c’est un peu la question de notre lutte personnelle avec les émotions négatives. Que faire : les éviter, les contenir ou les exprimer ? Dans une société où elles sont misent en exergue (stress, douleur conduisant à des visites à répétition chez le médecin, agaçement, colère, etc.), je trouve le concept du “film-documentaire” (je ne peux qu’être d’accord sur la trame du scénario quasi-inexistante, sans pourtant que cela me dérange) qui prend partie contre l’impérialisme des émotions négatives intéressant. D’où mon effet cachet de vitamine C quand le temps tourne à l’orage