De Gerald Potterton, avec les voix de John Candy, Eugene Levy, Richard Romanus, John Vernon, Harold Ramis… (1981)
Lorsque Steppenwolf lâcha en 1968 à la face du monde son biker anthem en devenir qu’est Born to be wild, pouvait-on imaginer plus prophétique comme formule que l’expression Heavy Metal Thunder tirée de la chanson, la même année où Black Sabbath se lançait à la conquête de la planète rock et allait dévorer le rêve hippie ? Si le Rock’n'roll a majoritairement été l’affaire des américains et des britanniques, c’est en France qu’un groupe de joyeux trublions va donner une nouvelle connotation au désormais nom d’une scène musicale de plus en plus grande et prestigieuse. En décembre 1974, tel un antéchrist et grâce aux efforts des nouvellement auto-nominés Les Humanoides Associés que sont Jean-Pierre Dionnet, Moebius, Philippe Druillet et Bernard Farkas, naît ce qui va devenir une référence pour toute une génération et dont l’héritage perdurera jusqu’à aujourd’hui encore : le magazine de science-fiction pour adultes Metal Hurlant.
Devant le succès grandissant et l’autorité certaine qui émane de la revue (aux commandes, tout poste et durée au sein des publications confondus : Moebius et Druillet certes, mais aussi Jodorowski, Tardi, Forest, Corben, Bilal, Caza, Margerin, Gal… !), les américains décident d’acheter les droits et de lancer leur propre version, Heavy Metal, en 1977. Quelques années plus tard, chemin faisant et popularité aidant, Ivan Reitman et Leonard Mogel produisent un long-métrage d’animation du même nom au Canada via Columbia Pictures qui va reprendre les thèmes et esthétiques qui ont fait souffler le vent de l’anarchie et de la fantaisie dans le magazine. Avec Gerald Potterton, ils optent donc pour une série d’histoires courtes, écrites entre autres par Bernie Wrightson, Dan O’Bannon et toujours Richard Corben, et reliées par un fil conducteur : le Loch-Nar, une entité maléfique sphérique et verdâtre qui sème mort et destruction.
Non content d’aller à contre-courant de tous les films d’animation de l’époque en matière de contenu, Metal Hurlant (qui retrouve son titre d’origine lors de sa sortie en salles en France) va faire évènement pour sa bande son : on y retrouve pèle-mêle Black Sabbath, Blue Öyster Cult, Sammy Hagar, Devo, Nazareth, Stevie Nicks, Cheap Trick… et même nos Trust nationaux ! Soit une brillante manière d’y inclure le côté Rock de la revue, tout aussi réputée pour ses planches dessinées que pour ses articles sur les groupes du moment.
L’accroche sur l’affiche française, “La “machine à rêver”, définit idéalement bien l’entreprise. De portée philosophique ou transcendantale, Metal Hurlant n’en a aucune et n’en revendique pas, le but étant d’aller jusqu’au bout de la fantaisie (voire fantasy) et du plaisir à travers des histoires toutes plus fantastiques (dans tous les sens du terme) les unes que les autres, le tout baignant dans un érotisme et une virilité fantasmés digne de Frazetta (les femmes ont toutes des mensurations impossibles, les héros sont des montagnes de muscles et c’est terriblement iconique !). Le monstrueux Loch-Nar, ramené sur Terre par un astronaute, va vite éliminer son moyen de transport planétaire et conter à sa fille éplorée les nombreux miracles accomplis et la démesure des convoitises qu’il a exercé. Il nous dévoile l’histoire d’un chauffeur de taxi embarqué dans une rocambolesque aventure pour les beaux yeux d’une femme plantureuse (histoire reprise par Besson pour Le 5eme élément, dans lequel Bruce Willis se prénomme Korben en hommage à… Richard Corben !), le passage à la vie adulte d’un ado introverti qui va développer une force surhumaine, un procès spacial qui va mal tourner, le sort des pilotes d’une forteresse volante pendant la Seconde Guerre Mondiale (un cauchemar tout droit héritier des E.C. Comics comme Les Contes de la Crypte et Le Caveau de la Terreur), la vie sexuelle d’un robot Allenien, et, plus célèbre segment du film, l’histoire de l’amazone Taarna qui va sauver son peuple du tyran qui le soumet.
Beau, excitant, rock’n'roll et n’ayant pas volé son étiquette de film culte et fédérateur de toute une génération, Metal Hurlant est, plus que jamais, LA porte des rêves (fétichistes !) à prendre lorsque la banalité du quotidien plombe le moral. A noter l’existence d’une suite tardive et bien moins immortelle sortie en 2000, Heavy Metal : F.A.K.K. 2, tisant un lien avec l’original via l’histoire de la belle Taarna. Du haut de son piédestal, érigé sur un sentier de la guerre à la croisée de l’Héroïc-Fantasy et de la rétro SF, c’est tout simplement un fantasme moderne !
Guilhem





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